
J’en ai marre, dis (mardi)! Si l’un dit (lundi) dimanche et l’autre dit mercredi et moi je dis (jeudi) vendredi, c’est pas possible ! Par contre ça me dit (samedi) qu’on termine la semaine ensemble !
Chaque jeudi à la même heure, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, qu’il fasse plus de 30°C, Arthur rejoint sa femme, Erika, à la Brasserie de l’horloge, un restaurant gastronomique situé à 10 minutes à pied de son bureau, à 12h10. Les deux aiguilles de la grande horloge de l’hôtel de ville se superposent sur le 12 au moment même où Arthur, fonctionnaire à la mairie, sort de l’hôtel de ville à la même heure que le 2eme adjoint délégué à l’éducation. Il ne doit pas traîner, sa femme a rendez-vous avec un investisseur japonais à 13h30. Ils auront largement le temps de prendre un apéritif, de manger et de parler un peu sur le chemin, le serveur connaît parfaitement leur commande et l’heure de leur arrivée. Arthur est à mi-chemin, à mi-temps de la brasserie, il le sait car il voit une patrouille de policiers passer devant l’église St Jean. En arrivant devant la bibliothèque municipale à 12h08, Arthur lève la tête pour voir au loin sa femme au niveau du tatoueur, comme d’habitude. Toujours à l’heure. Le couple franchit la porte du restaurant, salue de la tête le serveur qui leur indique d’un simple signe de tête leur table habituelle, elle offre une jolie vue sur le centre-ville afin qu’Arthur ne perde rien du monde qui l’entoure. Le serveur n’a pas eu besoin de prendre la commande qu’il amène déjà l’apéritif au moment où le bus de la ligne n°9 prend la deuxième sortie du rond-point de la fontaine. Leur table leur donne une vue imprenable sur le fournil de La minute gourmande, l’assiette de saumon fumé sort de la cuisine du restaurant à l’heure même où le boulanger lance une énième fournée. A 12h43, Arthur voyant son assiette de magret de canard et son assortiment de purées arriver, jette un bref regard par la fenêtre, le SDF de l’église St Jean situé habituellement sur la première marche de l’esplanade n’est pas là. Peut-être a-t-il changé d’endroit ? Peut-être a-t-il été pris en charge par le nouveau programme « Tous à l’abri » du maire ? Pour aujourd’hui, rien d’autre ne viendra perturber la routine d’Arthur.